14 janvier 2009
Gaz russe : Différend commercial ou enjeu géopolitique ?
À la lecture de la presse, il est difficile d’y voir clair dans le différend qui oppose la Russie et l’Ukraine quant à l’approvisionnement en gaz russe.
Il tire son origine d’un désaccord, le 31 décembre 2008, sur le prix du gaz fourni par la Russie à son voisin ukrainien. La Russie proposait un tarif de 250$ les 1.000m3, tandis que l’Ukraine refusait d’aller au-delà de 235$, tarifs qui, au demeurant, restent largement inférieurs aux tarifs européens (418$).
À partir de ce contentieux entre Gazprom, première compagnie pétrolière et gazière russe (dont le bénéfice constitue près d’un quart des recettes de l’Etat fédéral) et Naftogaz Oukraïny, compagnie nationale ukrainienne (déjà fortement endettée auprès de Gazprom), la Russie a cessé de fournir l’Ukraine en gaz.
Cependant, les transits de gaz de la Russie à l’Europe s’effectuent majoritairement par le biais du gazoduc Brotherhood qui traverse le territoire ukrainien. La compagnie Naftogaz n’a eu donc qu’à se servir pour continuer à fournir le marché ukrainien.
Les Russes ont alors accusé l’Ukraine de vol, dans un contexte particulièrement tendu, du fait de la diminution de la manne pétrolière russe et des difficultés engendrées par la crise. La Russie a donc une nécessité absolue de vendre son gaz le plus cher possible, donc le plus vite possible, puisque nous sommes en Hiver !
Le mercredi 7 janvier, la Russie a donc coupé toutes ses livraisons de gaz passant par l’Ukraine, afin de mobiliser son client européen. Le différend a alors pris une tournure beaucoup plus politique, car il a menacé la sécurité énergétique de l’Union Européenne. Cette dernière, sous l’impulsion de la présidence tchèque, a rapidement favorisé la signature d’un accord, le 11 janvier dernier, permettant une reprise des approvisionnements.
Cette situation, qui nous rappelle le contentieux énergétique de 2006, est liée à de nombreux enjeux, et pas seulement commerciaux. En effet, on est passé d’un différend commercial entre deux sociétés gazières, à une affaire politique entre deux états souverains, impliquant également toute l’Europe, largement dépendante vis-à-vis du gaz russe.
Des deux côtés, la volonté de ne pas céder à la partie adverse s’explique par des raisons électoralistes (Poutine veut renforcer son autorité ; et Ioutchenko et Timochenko, respectivement Président et Premier ministre ukrainiens, pensent déjà aux élections présidentielles de l’année prochaine). De plus, on pourra aussi y voir la volonté russe de montrer et de faire sentir à ses voisins sa puissance, comme elle l’a fait récemment en Géorgie par exemple.
François TAVERNIER
Membre des Jeunes populaires de la 13ème circonscription de Paris
00:37 Publié dans Comprendre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gaz, russie, ukraine, union européenne, crise, pétrole, géopolitique
07 décembre 2008
Thaïlande, les dessous de la crise
Les « Chemises Jaunes » ont coûté cher à la Thaïlande...
L’occupation, du 25 novembre au 2 décembre dernier, de l’aéroport international de Bangkok par les partisans de l’Alliance du Peuple pour la Démocratie (PAD) en a été un exemple flagrant, la crise politique qui secoue la Thaïlande a entraîné celle-ci vers un repli sur soi allant de pair avec des difficultés économiques...
L’occupation de l’aéroport international n’a été que la partie immergée de l’iceberg, car la Thaïlande souffre depuis février 2006 d’un grave blocage politique, révélant un fonds social souvent oublié par les analyses actuelles.
Revenons rapidement sur les faits.
Thaksin Shinawatra, élu en 2001 et réélu en 2005 a mené une politique autoritaire mais particulièrement efficace et courageuse, s’attaquant notamment au gros problème de la drogue et des mafias thaïes. Son bilan économique durant ses presque six années de mandature a été positif et sa politique sociale généreuse lui a assuré une indéfectible popularité dans les classes populaires et la paysannerie. Sa politique, résolument libérale, a ainsi remis en cause nombre d’immobilismes au sein de la société thaïe.
Toutefois, comme tout Achille a son talon, Thaksin, impliqué dans des affaires de corruption dues à sa grande proximité avec les milieux d’affaires, a vu grossir autour de lui un mouvement de contestation, initié en février 2006 par la création de la PAD, culminant avec le coup d’Etat du 19 septembre 2006 orchestré par l’état-major. Ce dernier, légitimé par le roi, a alors organisé des élections en décembre 2007 (après avoir fait passer par référendum une constitution destinée à réduire le pouvoir du corps législatif au profit de l’armée), qui ont abouti à la victoire du parti de Thaksin, le Parti du Pouvoir du Peuple (PPP). La PAD, soutenue par les élites nationales, a aussitôt contesté les résultats du scrutin, et organisé le blocage en règle du pays. Tout cela a abouti, le 2 décembre dernier, à la mise hors la loi du PPP par la Cour Constitutionnelle, acquise au roi Bhumibol Adulyadej. Le premier ministre Somchai Wongsawat, sûrement conscient du danger de laisser perdurer la crise, et dans le respect de la démocratie, a démissionné.
Les médias nous cachent l’illégitimité et les conséquences désastreuses de ce mouvement protestataire et, il faut le dire, réactionnaire.
Le PAD est un mouvement syncrétiste, regroupant intellectuels, journalistes, syndicalistes, mais aussi royalistes et anciens officiers. Il s’agit donc d’une alliance contre-nature entre des milieux de gauche et de centre-gauche et un conservatisme arriéré, manipulant les foules en agitant la flamme royaliste.
L’objectif de ce mouvement, au-delà de la lutte contre la corruption qui n’est qu’une façade, est bien de contrer le renouveau libéral initié par Thaksin, qui implique un remodelage de la trop vieille société thaïe. Ce mouvement n’est en rien démocratique car il s’oppose à un gouvernement légitimement élu. Un porte-parole du PAD a même déclaré vouloir un système antiparlementaire, dans lequel 70% des députés seraient nommés ! Le PAD s’appuie sur l’armée et la menace du coup d’Etat, et n’est que l’instrument d’une gérontocratie en perte de pouvoir.
Des chemins de fer, des routes, des aéroports régionaux ont été bloqués, les services publics ont été paralysés durant près d’un an... Dans un contexte rendu difficile par la récente crise financière, la Thaïlande est économiquement en danger. Ainsi, les économistes tablent sur une croissance nulle pour l’année 2009.
La meilleure issue à cette situation aurait été un rétablissement rapide de l’ordre et une garantie durable de la neutralité de l’armée, qui aurait du renoncer aux statuts d’indépendance que lui accordaient la constitution de 2007 et se soumettre au pouvoir démocratiquement élu. Mais le parti du non-droit l’a finalement emporté. Attendons donc de voir...
François TAVERNIER
Membre des Jeunes populaires de la 13ème circonscription de Paris
20:09 Publié dans Comprendre | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : thaïlande, international, thaksin shinawatra, bhumibol adulyadej, somchai wongsawat, ppp, affaires étrangères









